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Varoufakis règle ses comptes dans la presse, sans langue de bois

À peine "débarqué" par son ami Tsipras, sous la pression des créanciers, l'ex-ministre des Finances grec Yanis Varoufakis s'est épanché dans les médias. Parmi les interviews accordées, celle à nos confrères du magazine anglais Newstatesman est fidèle au personnage. Entre règlements de compte, aigreurs, divergences de vue et frustration, celui qui n'a jamais daigné porter la cravate, n'a pas usé de la langue de bois. Morceaux choisis.

"Je me suis arrangé pour forcer l'autre partie à acquiescer"

D'emblée, l'ancien bras droit de Tsipras auprès de l'UE se dit apaisé, soulagé d’avoir quitté ces négociations où les considérations économiques ne semblaient plus être la préoccupation principale. "Je me sens sur le toit du monde. Plus besoin de vivre à travers un agenda de folie, inhumain, juste incroyable. Ces cinq derniers mois j'ai dormi deux heures par jour. Quel soulagement de ne plus devoir subir cette incroyable pression d’avoir à négocier pour une position que je trouve compliquée à défendre, même si je me suis arrangé pour forcer l'autre partie à acquiescer".

"Vous auriez pu aussi bien chanter l'hymne national suédois, vous auriez eu la même réponse"

L’ancien ministre des Finances insiste d’ailleurs sur la difficulté de parler d’économie au sein de l’Eurogroupe. "Il y avait un refus total de s'engager dans des argumentaires économiques. Refus total… Vous avancez un argument sur lequel vous avez réellement travaillé, pour être certain que c'est cohérent, et vous rencontrez des regards vides. C'est comme si vous n'aviez rien dit. Ce que vous dites est indépendant de ce qu'ils évoquent. Vous auriez aussi bien pu chanter l'hymne national suédois, vous auriez eu la même réponse. Et c'est saisissant, pour quelqu'un qui est habitué aux débats académiques. D'ordinaire l'autre partie participe toujours et là il n'y avait aucune participation. Ce n'était même pas de l'ennui, c'est comme si personne n'avait parlé".

Vous avez raison, mais nous allons vous croquer de toute façon

Mais il n'y a pas que les difficultés. Celui qui demeure le député Syriza ayant recueilli le plus de voix aux dernières élections reconnaît avoir beaucoup apprécié certains aspects de ces tractations. Comme le fait d’être aux premières loges pour s’entendre dire directement les choses qu’il redoutait, voire pire. On le sent agacé. Varoufakis fulmine sur l’absence complète de scrupules démocratiques de la part des supposés défenseurs de la démocratie européenne". Avoir ces vraies figures de pouvoir qui vous regardent dans les yeux et disent "Vous avez raison dans ce que vous dites, mais nous allons vous croquer de toute façon”. Tout n’a pas toujours été aussi complexe. Varoufakis souligne la cordialité de certains rapports interpersonnels à son arrivée, notamment avec les hautes instances, du FMI entre autres. Dans l’Eurogroupe, les choses étaient différentes, le discours officiel étant la norme.

Schäuble, ce meilleur ennemi

Concernant son homologue allemand des Finances, Schäuble, il salue sa cohérence, mais pointe également son intransigeance. "Son propos était aussi clair que son option: ‘Je ne suis pas en train de discuter du programme, il a été accepté par votre précédent gouvernement et nous ne pouvons pas permettre à une élection de changer quoi que ce soit. Nous tenons tous régulièrement des élections, nous sommes 19, et si à chaque fois qu'il y a une élection quelque chose change, les contrats entre nous ne signifieront plus grand-chose’".

Et à ceux qui s’interrogent sur la nature de ses relations avec la Chancelière Angela Merkel, la réponse est claire: "Vous devez comprendre que je n'ai jamais rien eu à faire avec Merkel, les ministres des Finances parlent aux ministres des Finances, les Premiers ministres parlent aux Chanceliers. De ce que je comprends, elle était très différente. Son rôle c’était d'apaiser le Premier ministre".

Varoufakis n'élude cependant pas le double discours avec lequel la Grèce se retrouvait à devoir jongler. D’une part Merkel qui disait à Tsipras vouloir "trouver une solution, ne vous inquiétez pas, je ne veux pas qu'il arrive quelque chose de d'horrible, faites juste votre travail et travaillez avec les institutions, travaillez avec la Troïka. Il ne peut pas y avoir d'impasse ici". Et d’autre part Schäuble et l’Eurogroupe qui lui ont clairement signifié, dès le début, la nécessité d’accepter ce qui lui était proposé sous peine de "mourir".

"Quand vous voulez parler de tout, vous ne voulez parler de rien"

Les négociations ont pris du temps, difficile de le nier, surtout notamment à cause du caractère exhaustif des tractations. "Mon interprétation est que quand vous voulez parler de tout, vous ne voulez parler de rien. Mais nous avons continué comme ça", persifle Varoufakis. "Et ils n'avançaient aucune proposition claire sur quoi que ce soit. Ce fut le cas pour la TVA. Tout le monde autour de la table était conscient que le pays était en difficulté, pour ne pas dire en échec, depuis longtemps. Une grande réforme était donc plus que nécessaire", reconnaît-il.

"Mais pas tout de suite à un niveau global, or eux ne voyaient que cette option totale. Alors bien sûr que quelques mois plus tard, ils ont raconté aux médias que nous n'avions pas réformé le pays et que nous avions perdu du temps!". Et d'ajouter: "Dès lors au fil du temps les liquidités ont presque complètement fondu, et nous avons fait défaut, ou quasi-défaut auprès du FMI, ils ont introduit leurs propositions, qui étaient absolument impossibles, totalement non viables et toxiques. Ils ont donc différé et ont présenté un type de proposition que vous faites à l'autre partie quand vous ne voulez pas d'accord".

Un groupe inexistant a l'immense pouvoir de déterminer la vie des Européens

Amer, celui qui se dit habitué à la solidarité universitare, l’est vis-à–vis des autres pays endettés. "Depuis le début ces pays particuliers ont été clairement les plus énergiques ennemis de notre gouvernement. La raison, bien sûr, était que leur plus grand cauchemar était notre succès: si nous parvenions à négocier un meilleur accord pour la Grèce, cela pourrait les détruire politiquement, car ils devraient expliquer à leur peuple pourquoi ils n'ont pas négocié comme nous étions en train de le faire".

Mais cela n’est rien par rapport à l’arrogance du président de l’Eurogroupe le hollandais Jeroen Dijsselbloem. "Il a voulu nous faire taire et il a dit que la Grèce se dirigeait vers la sortie de l'eurozone. L'Eurogroupe n’a pourtant aucune existence légale. Ainsi, un groupe inexistant a l'immense pouvoir de déterminer la vie des Européens. On ne peut rien lui répondre, vu qu'il n'existe pas légalement; aucune note n'est prise; et c'est confidentiel. Ainsi, les citoyens ne savent jamais ce qui s'y dit. Ce sont des décisions de vie et de mort, et aucun membre ne doit répondre à qui que ce soit".

Un Grexit depuis le premier jour

Sur la sortie de la Grèce de la zone euro, Varoufakis ne se cache pas, une partie de ses collaborateurs y a travaillé, dès le premier jour. "Nous avions un petit groupe, un 'cabinet de guerre' dans le ministère, d'à peu près cinq personnes qui travaillaient là-dessus en théorie, sur papier. Mais c'est une chose de le faire au niveau de 4-5 personnes, c'est une autre chose de le préparer pour le pays. Mon idée était que nous devions soigneusement ne pas l'activer. Je ne voulais pas me mettre aux prophéties auto-réalisatrices. Je croyais aussi qu'au moment où l'Eurogroupe fermerait les banques, nous devrions lancer le processus".

Tsipras et le référendum

"La consultation populaire nous a donné une impulsion formidable, qui aurait dû justifier une réponse énergique contre la BCE, mais le gouvernement décida que la volonté du peuple, ce sonore ‘NON’, ne donnerait pas son énergie au plan énergique. Au lieu de cela, il conduirait à des concessions majeures vers l'autre partie: la réunion des leaders politiques, notre premier ministre acceptant la promesse que quoi qu'il arrive, quoi que l'autre partie fasse, nous ne répondrions pas en des termes de défi. Et cela signifie essentiellement que vous cessez de négocier ".

Malgré les divergences de vue post-referendum, Varoufakis demeure proche d’Alexis Tsipras, quatre ans et demi après avoir commencé à travailler ensemble. "C’était fin 2010, nous étions trois, nous allions à une cafétéria, dans mon souvenir il n'était pas au clair dans ses idées sur la drachme versus l'euro. Pareil sur les causes de la crise et j'avais exprimé des points de vue sur ce qui allait arriver. Un dialogue a commencé qui a continué pendant des années. Je crois que je l'ai aidé à se former un point de vue sur ce qui devrait être fait".

Ne pas trahir ma propre vision

Sur l'avenir de la Grèce, Yanis Varoufakis prône une véritable rupture avec le passé pour marcher vers le salut. "Ce pays doit arrêter de prolonger et de feindre. Nous devons arrêter de contracter de nouveaux emprunts en feignant avoir résolu nos problèmes alors que nous ne l'avons pas fait et que nous avons même rendu notre dette moins soutenable en acceptant plus d'austérité qui ne pouvait qu'écraser l'économie et que nous avons détourné le fardeau sur les moins nantis, créant une crise humanitaire. C'est quelque chose que je ne vais pas accepter. Je ne vais pas participer à ça". Raison sans doute pour laquelle il est fermement opposé au programme négocié entretemps entre Alexis Tsipras et ses créanciers.

Lire l'interview complète en anglais sur le site du Newstatesman

SSOURCE

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