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La destruction de la conscience de classe des dominés n’interdit pas le ressentiment et des formes de haine mais elle peut dévoyer son expression politique vers des choix non conformes à leurs intérêts de classe. C’est le cas du vote populaire en faveur du FN.

Les Le Pen et le FN ont un rapport très décomplexé à l’argent public. Le Parquet National Financier a ouvert, en janvier 2016, une enquête pour déclaration inexacte de patrimoine concernant Marine Le Pen et son père Jean-Marie Le Pen. Selon la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique, ils auraient sous-évalué leurs propriétés à près des 2/3 de leur valeur. Marine Le Pen, née à Neuilly- sur-Seine, a grandi dans une aisance confortable. Elle possède avec son père des parts importantes dans le manoir de Montretout, dans une belle maison à Rueil-Malmaison et dans deux villas à La Trinité-sur-Mer et à Millas dans les Pyrénées Orientales. La solidarité financière autour du patrimoine familial est fréquente dans la grande bourgeoisie. Cette sous-évaluation constitue une infraction passible de 3 ans de prison, 10 ans d’inéligibilité et 45 000 euros d’amende. Le goût de l’argent des Le Pen fait fi des frontières : Jean-Marie Le Pen est soupçonné d’avoir eu un compte en Suisse de 2,2 millions d’euros, dont 1,7 million sous forme de lingots et de pièces d’or. Mais les familles fortunées ont toujours la possibilité de négocier avec le fisc pour éviter l’ouverture d’une affaire pénale. Ce que font le père et la fille, au risque pour celle-ci d’être assujettie à l’Impôt de solidarité sur la fortune comme son père. Éventualité qui ferait tache dans les corons du Nord.

Depuis 2011 que Marine Le Pen préside le Front National l’ensemble des campagnes électorales ont fait l’objet, pour des raisons financières, de poursuites judiciaires, à l’exception des élections sénatoriales de 2011. Le trésorier du FN, Wallerand de Saint-Just, avocat à la Cour, membre de l’Association d’entraide de la noblesse française, et son vice-président, Jean-François Jalkh, sont tous deux inquiétés pour Financement frauduleux des campagnes législatives de 2012 : le premier pour « escroquerie et abus de confiance », le second pour « recel d’abus de biens sociaux ». Marine Le Pen a été placée par les magistrats dans cette affaire sous le statut de témoin assisté.

Treize mises en examen ont été prononcées dans le cadre de la campagne des départementales de mars 2015, dont celle d’un proche de Marine Le Pen, Frédéric Chatillon, ancien membre du GUD (Groupe Union Défense, mouvement étudiant d’extrême droite). La surfacturation des dépenses liées à ces élections a pu permettre au FN d’améliorer ses réserves financières de 1,2 million d’euros sur le dos du contribuable français à travers le remboursement des frais de campagne par l’État pour les partis ayant obtenu plus de 5 % des suffrages exprimés. Le total des remboursements indus pour les différentes campagnes électorales a été estimé à plusieurs millions d’euros par les juges d’instruction.

Le parquet de Paris a ouvert le 15 décembre 2016 une information judiciaire pour « abus de confiance », « recel d’abus de confiance », « escroquerie en bande organisée », « faux et usage de faux » et « travail dissimulé » : toutes formulations aujourd’hui courantes chez ceux qui veulent leur part du gâteau du pouvoir. Et cela devrait continuer puisque les finances de la campagne des élections de 2017 sont confiées à Axel Loustau, jeune dirigeant d’une entreprise de sécurité privée, pourtant poursuivi par le parquet de Nanterre pour « abus de biens sociaux », « blanchiment de capitaux », et « travail dissimulé ».

Les emplois fictifs font aussi partie du fonctionnement du Front National : cinq eurodéputés FN ont embauché des assistants parlementaires rémunérés par le Parlement européen, donc avec l’argent public appartenant aux différents peuples de l’Europe. Ils sont soupçonnés de travailler en réalité au service exclusif du Front National. Ghislain Dubois, avocat au barreau de Liège, assistant parlementaire de deux eurodéputés du FN, est donc bien placé pour prodiguer de bons conseils juridiques et judiciaires pour assurer la défense de ceux qui ont franchi la ligne jaune. Marine Le Pen refuse de rembourser les 339000 euros que lui réclame le Parlement européen pour l’emploi présumé fictif de 2 de ses assistants, dont sa chef de cabinet qui a été mise en examen le 22 février 2017 pour « recel d’abus de confiance ». La présidente du FN a refusé d’être entendue par la police judiciaire dans le cadre d’une audition libre.

Son immunité parlementaire liée à son mandat de députée européenne explique cette arrogance de classe se prévalant d’un statut de justiciable à part, lui permettant de faire fi des institutions. Cette posture est en contradiction avec sa promesse électorale de soutenir et d’augmenter le nombre de policiers et de gendarmes et surtout avec ses velléités d’accéder à l’Élysée.

La levée de l’immunité ne peut concerner qu’une seule affaire à la fois. Il n’est donc pas surprenant que le parlement européen ait approuvé le 1er mars 2017 une levée de l’immunité parlementaire de Marine Le Pen à la demande du parquet de Nanterre pour une information judiciaire pour « diffusion d’images violentes » avec des photos des exactions commises par Daech qu’elle avait relayées sur son compte tweeter en décembre 2015. Marine Le Pen avait refusé de se rendre à la convocation d’un juge d’instruction en avril 2016. Elle encourt dans cette affaire 3 ans d’emprisonnement et 75000 euros d’amende. Que Marine Le Pen se prévale de cette immunité pour se préserver de répondre aux injonctions de l’institution judiciaire en dit long sur sa conception de l’élue comme citoyenne hors du commun. Marine Le Pen utilise la même défense que François Fillon. Ils se prétendent être « victimes » du « système » auquel ils appartiennent tous les deux avec le même mépris à l’égard de leurs électeurs qu’ils jugent incapables de comprendre leurs impostures. La dirigeante du FN est allée encore plus loin en menaçant les fonctionnaires qui auraient contribué directement ou indirectement aux ennuis judiciaires du FN, de devoir « assumer le poids de ces méthodes illégales » si le FN arrive à l’Élysée. Ces menaces à l’égard de certains gardiens de l’État de droit, magistrats et fonctionnaires, sont inquiétantes.

La transmission familiale frise parfois la perfection puisque Jean-Marie Le Pen est lui aussi poursuivi par l’Olaf, l’organisme anti-fraude de L’Union Européenne, qui lui réclame 320000 euros pour des emplois fictifs. Ce bref rappel n’est pas exhaustif car il y a bien d’autres problèmes autour du micro parti de Marine Le Pen, ou de faveurs familiales comme le recrutement de son compagnon Louis Aliot en tant qu’attaché parlementaire en 2011-2013 avec un salaire de 5000 euros brut mensuel pour en réalité un mi-temps. Toutes ces affaires confirment une dynastie familiale en cohérence avec les méthodes de l’oligarchie. Avec toutefois une spécificité supplémentaire puisque le patronyme familial Le Pen est un parti politique qui réunit trois générations : Jean-Marie Le Pen, sa fille Marine et son compagnon Louis Aliot, son autre fille Yann et sa petite fille Marion Maréchal-Le Pen. Le FN séduit également des familles anciennes de la noblesse, qui y trouvent des postes de responsabilité.

Marine Le Pen porte un discours très critique à l’égard de l’oligarchie européenne dont pourtant elle contribue à préserver les secrets et l’opacité de sa bureaucratie. Elle s’est ainsi opposée à la création d’une commission d’enquête sur les « Panama Papers » marquant sa complicité avec les fraudeurs. Elle a voté « oui », comme tous les députés français du FN qui ont participé à ce vote, à la directive européenne instaurant le « secret des affaires ». Rappelons que deux de ses proches, Frédéric Châtillon et Nicolas Crochet, sont mentionnés parmi les détenteurs de comptes offshore des « Panama Papers ».

Tout cela est révélateur de la posture de classe à la faveur des dominants d’un parti qui se revendique être le porte-parole du peuple. Marine Le Pen est en osmose parfaite avec le « système » qu’elle dénonce comme Emmanuel Macron et François Fillon ! Ils se coulent tous les trois parfaitement dans la monarchie présidentielle refusant l’instauration d’une vie République plus démocratique. […]

 

2. A propos d’Emmanuel Macron, élu des banques et donc des médias, catapulté aux présidentielles

Cette mobilisation intense et systématique de l’oligarchie peut faire penser à un complot alors qu’il s’agit du fonctionnement d’une classe sociale qui existe, selon la théorie marxiste, en soi, c’est-à-dire objectivement, et pour soi, c’est-à-dire subjectivement, avec la conscience d’appartenir à cette classe, perçue comme une grande famille, un réseau et un carnet d’adresses bien rempli. La théorie du complot n’est pas utile pour rendre compte de l’efficacité du collectivisme grand bourgeois qui met en commun, au-delà des richesses qu’il détient, des pouvoirs partiels qui ensemble font la réalité du pouvoir.

Si le complot est instrumentalisé, y compris par les membres de cette caste comme le font Marine Le Pen ou Donald Trump, c’est pour tourner à leur profit la thèse marxiste de la lutte des classes. Que François Fillon se pose en victime d’une meute acharnée en vue de son « assassinat politique » en dit long sur le mépris et le cynisme des politiques qui appartiennent à la classe dominante à l’égard d’électeurs qui ne sont utiles que pour leur permettre de faire carrière en politique, avec tous les avantages liés à cette position. L’immaturité de ces histoires de complots ou d’attaques par un « système » aboutit à une forme de décervelage et à l’impossibilité de percevoir l’ampleur des manipulations et des impostures.

En réalité François Fillon redoute la confrontation avec des juges d’instruction qui, d’une part, refusent la « trêve judiciaire » en période électorale qu’aucun texte n’a jamais prévue et qui, d’autre part, traitent désormais les affaires politico-financières et la délinquance en col blanc avec les mêmes méthodes que celles employées contre le grand banditisme.

Se placer en dehors du « système » est également revendiqué par Emmanuel Macron, le jeune banquier d’affaires souriant de chez Rothschild. À 39 ans cet énarque n’hésite pas à se présenter à l’élection présidentielle alors qu’il ne s’est jamais confronté à une quelconque élection. Mais il n’en a cure car la technocratie ouvre désormais les portes du pouvoir. Les relations sociales que cet inspecteur des Finances a accumulées à Bercy, puis chez Rothschild en 2008 avant d’être nommé par François Hollande en 2012 Secrétaire Adjoint de l’Élysée vont lui être précieuses pour réaliser ses ambitions élyséennes. Le patron du Medef, Pierre Gattaz, apprécie cet exemple parfait du dirigeant néo-libéral qui fait fi des élections et des frontières entre le secteur public et le privé car dans les affaires le consensus oligarchique est préférable aux divisions.

En 2011 Emmanuel Macron accède au statut prestigieux d’Associé-Gérant chez Rothschild, derrière lequel se cache en réalité la perspective de commissions encaissées à la suite d’opérations d’achat ou de vente de sociétés qui doivent se réaliser à courte vue pour passer à la suivante afin de maximiser ses profits. Depuis le service des fusions-acquisitions Emmanuel Macron pilote l’achat par Nestlé d’une filiale de Pfizer, une transaction à plus de 9 milliards d’euros. Le chouchou des puissants parvient ainsi au statut de millionnaire avec 2 millions d’euros gagnés entre 2011 et 2012. Ce qui ne l’a pas empêché de sous-évaluer la valeur de son patrimoine auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique pour les années 2013 et 2014. La déclaration rectificative qu’il a dû remplir l’a fait basculer dans le camp des riches assujettis à l’ISF, impôt de solidarité sur la fortune auquel il est opposé. « C’est même une mesure de gauche que de le supprimer », a-t-il clamé en octobre 2016 lors d’un dîner de levée de fonds auprès des exilés fiscaux dans la maison de Marc Grosman, le fondateur de Celio, à Uccle, commune chic de la banlieue de Bruxelles.

« En Marche », le parti ni de droite ni de gauche qu’il a créé au printemps 2016 avec des soutiens financiers depuis Londres et New York, où il a rencontré des PDG de fonds d’investissement, met en avant l’urgence du changement et de la modernisation d’une vieille France accrochée à ses services publics et à ses droits sociaux. Emmanuel Macron refuse de publier la liste de ses donateurs.

Le discours néolibéral avance masqué dans la langue venimeuse des prédateurs qui prétendent se battre contre « le système » et « l’entre soi » pour mieux servir les plus riches dans une régression sociale sans tabou pour les plus démunis. Avec la flexisécurité renforcée dans le sens de la flexibilité, les cotisations patronales encore réduites et l’entreprise comme seul niveau pour les négociations concernant les droits des travailleurs, le pouvoir du capital serait dangereusement conforté. Le conformisme jusqu’à la caricature est transfiguré en un progressisme ouvrant un avenir radieux à la France de demain. « Rencontrer notre esprit de conquête pour bâtir une France nouvelle » tel est son contrat avec la nation. La manipulation idéologique consiste à faire passer une liberté négative et individualiste pour la liberté sociale et de progrès collectivement partagé. Mais ce type d’escroquerie linguistique nécessite de l’entrainement. Le candidat Macron l’a appris à ses dépens lors de l’altercation en mai 2016 avec un ouvrier auquel il a dit de manière méprisante : « Vous n’allez pas me faire peur avec votre tee-shirt. La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler ! »

Les militants du néolibéralisme de tous les secteurs de l’activité économique, politique et sociale qu’Emmanuel Macron a su mobiliser depuis Bercy, l’Elysée et la banque Rothschild dessinent ensemble une toile d’araignée à la trame complexe mais très solide. Chaque membre de l’oligarchie, comme les banquiers Christian Dargnat ou Bernard Mourad, apporte à Emmanuel Macron ses relations, son propre carnet d’adresses et les liens avec les PDG de fonds d’investissement ou d’hommes d’affaires comme Patrick Drahi dont la fortune repose sur la holding Altice fondée au Luxembourg en 2001. Ces réseaux comme ceux du cercle Le Siècle sont une réserve inépuisable de contacts pouvant être utilisés ou réanimés à tout moment de la campagne électorale.

Une élection présidentielle est une occasion de type monarchique pour réactiver le principe de la cooptation sur la base de l’appartenance à cette classe sociale. La sociabilité mondaine, qui a pu se nourrir également de l’argent public avec dîners et déjeuners à Bercy pour lancer la campagne de celui qui était alors ministre de l’Économie (estimation à 120000 euros), liée à une élection de cette importance pour l’oligarchie est une excellente technique sociale de réactivation des relations et d’entretien de ce maillage infini du pouvoir. Mais la vigilance des citoyens, des journalistes et des magistrats doit faire vivre les oligarques sur le pied de guerre. Ainsi alors qu’il était encore ministre à Bercy, Emmanuel Macron s’est fait ovationner à Las Vegas en janvier 2016 par 500 dirigeants de startups françaises. Cette soirée, montée dans l’urgence, sans appel d’offres, et dont le coût avoisine les 400000 euros, fait l’objet d’une enquête préliminaire ouverte le 13 mars 2017 par le Parquet de Paris pour « favoritisme, complicité et recel de favoritisme ». Si les oligarques se regroupent massivement autour de la candidature Macron c’est parce qu’il présente un recours présentable à tous les citoyens qui ne sont plus en mesure, du seul fait de leur lobotomie effectuée par les médias des patrons du CAC 40, de comprendre que c’est un requin de la finance qui offrira les ors de la République à ses camarades de classe.

L’expression « théorie du complot » est lancée en pâture pour empêcher de voir et de comprendre que l’on baigne dans un roman marxiste du XIXe siècle, ripoliné par un jeu visionnaire dit moderne, dont le mouvement En marche.

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon

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