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Le combat des cheminots : les conditions de travail et le service public

Les cheminots multiplient les journées de grève depuis 3 mois et depuis la semaine dernière, nombre d’entre eux sont en grève reconductible à l’appel de la CGT et de Sud. Engagés contre la loi El Khomri, ils luttent aussi pour peser dans la négociation de leur convention collective de branche. L’enjeu est important : le secteur du rail est en proie à une dérégulation qui dégrade les conditions de travail et la qualité du service public. Auteur d’un ouvrage sur le syndicalisme cheminot, Julian Mischi revient sur les réorganisations managériales à la SNCF.

A l’instar d’autres secteurs publics (poste, énergie, télécommunication, hôpitaux, etc.), le transport ferroviaire est lui aussi touché par la mise en œuvre de réformes néolibérales impulsées par l’Union Européenne et appuyées par l’Etat français et les élites économiques nationales. La SNCF connaît une filialisation de ses branches, un développement de la sous-traitance et l’application de méthodes de management importées du privé, autant de dispositifs favorisant l’éclatement des collectifs de travail et la mise en concurrence des travailleurs du rail.

Une privatisation rampante de la SNCF

Les agents de la SNCF subissent depuis une trentaine d’années des réorganisations se traduisant par une baisse des effectifs ainsi que des fermetures et fusions d’établissements. Ils travaillent dans un contexte d’incessantes et profondes restructurations, qui ont pris une tournure inédite dans le cadre du mouvement néolibéral qui touche toute l’Europe avec le soutien des gouvernements français. La Commission européenne a lancé au début des années 1990 un vaste programme de libéralisation des chemins de fer contraignant les pays de l’Union européenne à ouvrir leur marché ferroviaire à la concurrence[1]. La direction de la SNCF et l’État français ont impulsé cette évolution, ils ont favorisé la segmentation de l’entreprise en de multiples branches et filiales, certaines de droit privé et employant des agents qui ne bénéficient pas du statut du cheminot.

Geodis, une filiale de droit privé du groupe SNCF s’occupe par exemple du transport de marchandises (le fret) en abandonnant des marchés aux opérateurs privés, comme Europorte, entreprise ferroviaire du groupe Eurotunnel. Des entités de droit privé comme Eurostar ou Thalys exploitent les nouvelles lignes TGV. En 2006, la SNCF annonçait contrôler 49 « groupes de sociétés » et plus de 650 filiales. Ces restructurations bouleversent les conditions d’emploi des travailleurs du rail et provoquent un accroissement des inégalités de rémunérations dans le monde cheminot.

D’un côté de la hiérarchie, des activités qui étaient assurées par la main-d’œuvre la moins qualifiée sont filialisées ou sous-traitées, renforçant le poids des agents hors statut parmi les salariés d’exécution, travaillant par exemple à l’entretien des voies. De l’autre côté, les salaires des hauts dirigeants se sont envolés au cours des années 2000 (plus de 80% d’augmentation entre 2003 et 2010) en même temps que des cadres issus d’écoles de management succèdent aux ingénieurs maison[2].

Photothèque NPA/ JMB

Des cadres dirigeants acquis au néo-libéralisme

Une fraction importante des dirigeants de la SNCF viennent désormais du privé (Valéo, Thompson, Renault, etc.) dans le cadre de contrats courts. Ils n’ont pas le statut de cheminot et sont par conséquent peu sensibles à sa défense. Dans les régions, les cadres supérieurs ne font le plus souvent que passer à la tête des établissements de la SNCF. Leur mobilité ne favorise pas leur attachement aux salariés des sites qu’ils peuvent restructurer sans beaucoup d’états d’âme. En outre, l’encadrement patronal est de moins en moins constitué de cadres maison. Certaines formes de promotion interne ont disparu avec l’allongement des études et la multiplication des « attachés », des agents recrutés grâce à leurs diplômes et non sur examen ou concours, notamment des ingénieurs des grandes écoles. On passe progressivement de cadres techniciens issus de la promotion interne à des cadres managers recrutés à l’extérieur de l’entreprise, qui réorganisent l’activité autour d’objectifs d’augmentation du rendement et de rentabilité immédiate.

Sur le terrain, les « dirigeants de proximité » sont formés et impliqués dans un encadrement plus serré et agressif des agents. Ils doivent assurer une intensification des rythmes deLIRE LA SUITE

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