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1936 Trois vagues de grèves... et un accord !

Dans la mémoire collective, les grèves du Front populaire occupent la place exceptionnelle d’un événement fondateur; elles marquent l’accès à la dignité de la classe ouvrière, l’affirmation de sa force. Pourtant ce qui s’est joué en mai-juin 1936 nous échappe encore en partie. L’abondante historiographie des grèves a évolué au gré des préoccupations, soucieuse d’abord d’analyser le déroulement et la chronologie du mouvement, puis d’identifier les responsabilités politiques ou syndicales, sans en dégager toute la signification.

3 assauts !

La chronologie des grèves est bien connue. la première vague éclate du Havre chez Breguet le 11 mai, et le 13 chez Latécoère à Toulouse Elles sont victorieuses après une nuit d’occupation. Les jours suivants, deux usines d’aviation à Courbevoie et Villacoublay connaissent des mouvements identiques. La presse ouvrière est très discrète sur ces grèves pendant cette semaine. Elle l’est un peu moins la semaine suivante et, le dimanche 24 mai, L’Humanité diffusée pendant l’immense manifestation au mur des fédérés (600 000 manifestants) évoque en cinquième page « une belle série de victoires dans les usines d’aviation ». Cet article a-t-il eu beaucoup d’influence ? La manifestation elle-même a-t-elle joué un rôle de détonateur ? Toujours est-il que la semaine qui suit enregistre une première vague de grèves dans les usines d’aviation et d’automobile de la banlieue parisienne : Nieuport, Lavalette, Hotchkiss, Sautter-Harlé, Lioré-Ollivier, Farman, et, le 28 mai, Renault, Fiat, Chausson, Gnome et Rhône, Talbot, Citroën, Brandt, Salmon, ainsi que Le Matériel Téléphonique et l’imprimerie Crété. Mais le mouvement semble aussitôt tourner court : le ministre du Travail, Frossard, organise une rencontre entre l’Union des industries métallurgiques et mécaniques de la région parisienne (le G.I.M.) et les syndicats. La reprise semble acquise le 30, tandis que les discussions se poursuivent, et le lundi 1er juin, il n’y a plus que 10 usines occupées en région parisienne.

La deuxième vagues de grève repart vigoureusement, Le mardi 2 juin, 66 usines sont occupées à midi, 150 le soir. La province est gagnée.

le dimanche 7, à 15 heures, le début des négociations à l’hôtel Matignon

Les accords Matignon, connus le lundi 8 juin au matin, n’arrêtent pas cette seconde vague de grèves. Au contraire, elle s’étend à de nouvelles professions.

Le reflux commence lentement à la fin de la semaine, alors que la C.G.T., le parti communiste et le parti socialiste se mobilisent pour la reprise du travail. C’est le jeudi 11 juin au soir que Thorez prononce devant des responsables communistes réunis au gymnase Jean Jaurès – et non dans une usine occupée – la phrase célèbre : « Il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue ». Mais, pour que la grève cesse, il faut encore que les négociations locales aboutissent et elles sont parfois longues. La métallurgie parisienne reprend le 15 juin. A la fin du mois, les vacances et les premiers congés payés approchant, le calme semble revenir.

Une troisième vague de grèves se produit pourtant fin juin-début juillet. Elle concerne d’une part des secteurs paisibles ou fortement syndiqués, où les ouvriers avaient fait initialement le choix de la négociation, d’autre part de petites entreprises artisanales dont les patrons ne veulent appliquer les accords.

Cette dernière vague de grèves n’a pas l’importance des deux précédentes, mais elle prouve la radicalité de toute la société, toute la France a été touchée. De fait, on compte seulement trois départements exempts de grèves en mai-juillet 1936.

Pour aller plus loin :

Le Front Populaire et la grève de juin 36

Les grèves de mai-juin 1936 revisitées

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