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Grèves générales et grèves de masse

En pleine mobilisation contre la loi El Khomri et alors que la grève générale est en discussion, nous republions un article publié par Terrains de luttes il y a deux ans.
Dans cet article, Kim Moody (Labor Notes) revient sur l’histoire des grèves de masses, notamment aux États-Unis, et sur la manière dont la grève générale a été conçue comme l’instrument de lutte par excellence des classes populaires. Il insiste sur l’actualité, dans les sociétés capitalistes contemporaines, de grèves de masse capables, en se muant en grève générale, de bloquer la production et les échanges de marchandises, et ce faisant de changer le rapport de force entre les classes.

Kim Moody est un spécialiste du mouvement syndical et des luttes ouvrières aux États-Unis, ancien directeur deLabor Notes, à la fois réseau de militants syndicaux et revue visant à faire connaître les luttes sociales aux États-Unis et contribuer à leur convergence. Ce texte a été initialement publié sur le site de l’organisation anticapitaliste étatsunienne Solidarity.

Fidèle à son format de publication de textes courts utiles à l’action, Terrains de luttes présente ici une version réduite. Dans les passages sélectionnés, Kim Moody analyse les dynamiques d’émergence des grèves de masse et s’interroge sur la façon dont une action militante consciente peut contribuer à les stimuler.

Inspirés par l’audace du mouvement, les activistes d’Occupy Oakland ont lancé un « appel à la grève générale » dans la ville pour le 2 novembre 2011, illustrant la radicalité du mouvement et sa compréhension des fondements du pouvoir social.

On a reproché aux activistes d’Occupy de ne pas avoir consulté les syndicats. Toutefois, quand bien même ils l’auraient fait, il est très peu probable que de nombreux dirigeants syndicaux auraient accepté d’appeler avec eux à une telle action. Mais le fait le plus important, comme je vais le montrer, est que les grèves générales ou les grèves de masse sont rarement, sinon jamais, le fruit d’un simple « appel » par en haut, sauf à être déjà entamées, et que les grèves qui sont ainsi « appelées » peuvent tout aussi aisément être annulées.

À Oakland, le résultat fut assurément une belle manifestation, avec une dimension de désobéissance civile. La ville a autorisé ses employés à participer. Les membres du syndicat des infirmier•ères (California Nurses Association) ont pris des congés maladie pour s’y rendre ; un groupe de dockers membres de l’ILWU les a rejoints à la suite d’un blocage. Si tout cela est resté très éloigné de la grève générale qu’Oakland a connue en 1946 – qui avait surgi dans le contexte du soulèvement ouvrier de l’après-guerre, très différent de l’état désastreux du mouvement syndical d’aujourd’hui – c’est néanmoins l’enjeu de la grève générale, de son utilité qui fut ainsi mise en discussion.

L’idée d’un tel appel à la grève a émergé ces derniers temps parce que des confédérations syndicales ont de fait donné l’exemple. La France, la Grèce, l’Italie, le Portugal et l’Espagne ont toutes récemment connu des grèves générales d’un jour ou deux organisées par des confédérations syndicales contre l’austérité qui s’impose presque partout en Europe. Des grèves plus longues ont joué un rôle dans les printemps arabes de Tunisie et d’Égypte.

Plus près de nous, au milieu du soulèvement de 2011 dans le Wisconsin, la fédération syndicale de Madison avait mis en débat l’éventualité d’une grève générale. À vrai dire, il aurait été étonnant que cette puissante idée n’émerge pas alors que la grande récession et la crise en cours du capitalisme ont déclenché une guerre globale contre la classe laborieuse. C’est pourquoi il importe de revenir sur l’importance de cette idée et sur la manière dont les grèves de masse se déroulent réellement.

La puissance d’une idée

L’idée d’un retrait massif du travail, d’une grève générale, est en effet puissante et vient de très loin. On se souvient, par exemple, de la grève chartiste de 1842 en faveur du suffrage universel et d’autres revendications sociales. W.E.B. DuBois qualifia de première grève générale étatsunienne la fuite en masse d’esclaves hors des plantations du Sud lors de la guerre civile. Cette grève de masse des esclaves fut cruciale pour la victoire du Nord et l’émancipation. Aucune de ces grèves, cependant, ne fut « appelée » par quelque état-major que ce soit[1].

Pour les syndicalistes révolutionnaires et certains socialistes du début du 20e siècle, la grève générale devait constituer le point culminant de la lutte de classe, qui s’exacerbait à l’époque. En 1906, dans la Charte d’Amiens, les syndicalistes français mirent cette idée au centre du processus révolutionnaire. Ils envisageaient une succession d’évènements au cours desquels des grèves lancées par divers syndicats séparément culmineraient dans un arrêt de travail général d’une journée, provoquant une crise révolutionnaire qui serait suivie d’une grève générale continue paralysant le capitalisme aussi bien que l’État. […] LIRE LA SUITE...

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