Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Position de la Page : Prenez le Pouvoir sur JLM2017

En ces temps sinistres, la question n’est plus de savoir qui arbore le drapeau le plus grand ou le plus rouge. Vous êtes 71 % de gens qui en ont ras la cafetière de tout, qui veulent que ça pète, qui veulent que ça change, qui aspirent à autre chose. Tous, nous savons ce qui ne va pas. Les entailles et les crasses de notre époque – celle qui enlace le « monde de la finance » après avoir juré de le combattre ! Tous, nous savons nommer les responsables.

Rompre avec le système et ses appareils politiques

Les « Nuits debout » illustrent, un phénomène qui s’est déjà clairement manifesté dans d’autres pays : la radicalisation de la jeunesse, qui aspire à une transformation radicale de la société. C’est d’abord sur la jeunesse que s’appuient Podemos, Corbyn et Sanders. En France aussi, la jeunesse serait prête à s’engager dans une lutte politique massive contre l’ordre établi, à condition de trouver l’instrument adéquat de cette lutte.

Il faut une stratégie et un programme de rupture avec le système économique et politique actuel. Et cela signifie : rupture avec toutes les politiques d’austérité, mais aussi avec le système et les appareils politiques corrompus qui les mettent en œuvre. Cela aurait un immense écho dans la jeunesse et la classe ouvrière.

Il ne s’agit pas de tourner le dos à l’idée de « parti » en général. Il ne faut pas faire de concessions de principe aux tendances anarchisantes qui traversent une partie de la jeunesse, inévitablement, en réaction aux trahisons de la « gauche » officielle. Ces tendances sont d’ailleurs assez superficielles, comme le montre en Espagne l’émergence de Podemos, qui est désormais un parti. Mais comme le montre aussi l’exemple de Podemos, qui a critiqué sans ménagement la direction du PSOE, il faut rompre avec l’appareil pourri, corrompu et discrédité du Parti Socialiste. Ceux qui ne l’ont pas compris font eux-mêmes partie du problème – et beaucoup ne l’ont pas compris, place du Colonel Fabien par exemple.

La candidature de Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon l’a compris. Et il semble avoir fini par comprendre que l’appareil des Verts ne vaut pas mieux que celui du PS. Son rejet des primaires en découle logiquement.

En annonçant sa candidature, en février, Mélenchon s’est attiré les foudres convenues des dirigeants du PCF. Après s’être engagés dans l’impasse des primaires, ils lui reprochent sa… « solitude ». Il est exact que, cette fois-ci, Mélenchon est privé de la base militante du PCF, qui avait fait des merveilles dans la campagne de 2012. Par ailleurs, le Parti de Gauche a été miné par une ligne politique erratique, souvent opportuniste – et par un mauvais régime interne ; beaucoup de jeunes militants prometteurs l’ont quitté ou ont été poussés vers la sortie. Mais Mélenchon n’est pas « seul » pour autant. Quatre ans après la présidentielle de 2012, il est la figure dirigeante la plus connue et la plus appréciée du Front de Gauche – de très loin. C’est un fait. Malgré ses propres erreurs et errements, il a conservé une bonne partie de l’autorité politique accumulée à l’époque de la dernière présidentielle – et en a accumulé depuis dans de nouvelles couches de la population. Il est capable de défendre avec fermeté les victimes du capitalisme, par exemple lors du lynchage médiatique des travailleurs d’Air France, Goodyear,...

J’ai d’importantes divergences avec les idées de Mélenchon. Mais au seuil de la campagne électorale de 2017, je vous pose la question : qui, au sein du Front de Gauche, semble le mieux à même de défendre avec énergie une alternative de gauche au PS et à l’« arc de forces » des pseudo-frondeurs ?(1) La réponse ne devrait pas poser de grandes difficultés. Nous avons vu qu’elle en pose à la direction du PCF, mais pour de très mauvaises raisons. Et si elle s’obstine dans la voie des primaires, il est possible qu’un nombre significatif de militants communistes fassent campagne pour Mélenchon, lequel s’en trouverait encore moins « seul ».

« La France insoumise »

Mélenchon espère cristalliser un mouvement politique massif autour de sa candidature : « la France insoumise ». Il l’a lancé dès le mois de février dernier pour lui donner le temps de se construire.

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Mélenchon présente sa candidature comme « hors partis » – tout en invitant les partis et organisations de gauche à le soutenir. Mais lorsqu’il dit s’adresser au « peuple » indépendamment des partis, cela pose un problème. Le « peuple » – entendu comme la masse des exploités et des opprimés – n’est pas politiquement homogène. Il est traversé par toutes sortes d’idées contradictoires, y compris réactionnaires. Dès lors, ses couches les plus conscientes et les plus militantes doivent se regrouper dans une organisation impulsant et dirigeant la mobilisation des couches retardataires. C’est justement ce qu’on appelle un parti. Il est vrai qu’aujourd’hui les partis sont souvent discrédités, comme Mélenchon le souligne. Mais ce n’est pas une raison pour y renoncer. D’ailleurs, Mélenchon lui-même n’y renonce pas, puisque ses « comités de soutien » sont animés par des militants du Parti de Gauche, à ce stade.

Personne n’a encore trouvé le moyen d’organiser une lutte politique sérieuse contre le système capitaliste, son appareil d’Etat, ses partis et ses médias sans développer un mouvement politique regroupant non tout « le peuple », mais d’abord sa couche la plus consciente et la plus déterminée. La campagne de Mélenchon ne sera vraiment utile que si elle contribue à faire avancer l’organisation politique de la jeunesse et du mouvement ouvrier dans sa lutte contre le capitalisme en crise. Car cette lutte ne s’arrêtera pas en mai 2017, quel que soit le vainqueur de l’élection.

On entend parfois l’idée qu’une victoire de Mélenchon en 2017 serait suivie de la convocation d’une Assemblée Constituante qui, grâce à sa « légitimité populaire », aurait tout le loisir de régler les problèmes du pays, sans rencontrer d’obstacles majeurs. Or les choses ne seraient pas aussi simples. Une victoire de Mélenchon en 2017, comme celle de Tsipras en janvier 2015, serait suivie d’une intensification de la lutte des classes, et plus exactement d’une offensive implacable de la classe dirigeante, qui se moque des Constituantes et de la « légitimité populaire » comme de sa première chemise. Elle s’efforcerait par tous les moyens de saboter les réformes contraires à ses intérêts. D’où la nécessité d’un parti organisant les éléments les plus conscients et les plus militants de notre classe, pour entraîner la masse de la population dans la lutte, vaincre la résistance de la classe dirigeante – et mettre en œuvre un programme progressiste.

La question du programme

La question du contrôle démocratique de la campagne de Mélenchon est très importante. Les jeunes et les travailleurs qui s’impliquent dans une campagne électorale doivent avoir leur mot à dire. En particulier, la question du programme que va défendre Mélenchon ne peut pas être laissée à sa seule appréciation.

Mélenchon dit qu’il veut reprendre et « compléter » le programme du Front de Gauche de 2012, L’Humain d’abord, qui s’était vendu à plus de 400 000 exemplaires. C’est un bon point de départ. Mais qui décidera ce qui doit être modifié, dans ce programme ? Et suivant quel processus démocratique sera-t-il modifié ? Les contributions individuelles postées sur le site internet de « La France insoumise » ne suffisent pas. Le programme doit être collectivement débattu et amendé par les militants. Une « Conférence nationale » pourrait marquer l’aboutissement d’un tel processus démocratique, qui permettrait d’impliquer un maximum de militants et sympathisants.

Une large discussion sur le programme est d’autant plus nécessaire que, depuis 2012, des événements politiques majeurs ont eu lieu à l’échelle internationale. Il faut en tirer les leçons, notamment programmatiques. Prenons l’exemple – fondamental – de la crise grecque. Lors de la victoire électorale de Syriza, tous les dirigeants du Front de Gauche, Mélenchon compris, soutenaient la démarche d’Alexis Tsipras, qui se proposait de négocier avec la « troïka » l’allègement de la dette publique grecque et la mise en œuvre d’un programme ambitieux de réformes progressistes. On connaît la suite : la « troïka » a refusé toute négociation et exigé de Tsipras qu’il renonce à son programme au profit d’un troisième Mémorandum. Le premier ministre grec a capitulé le 13 juillet 2015 et, depuis, soumet le peuple grec à un nouveau régime d’austérité drastique.

En France, les choses se poseront dans les mêmes termes qu’en Grèce. Il ne sera pas possible d’enrayer la régression sociale et d’engager des réformes progressistes sur la base du capitalisme en crise, c’est-à-dire tant que l’économie sera dominée par une poignée de parasites géants. Cette idée manquait au programme L’Humain d’abord. Il faut l’y ajouter.

Conclusion

A ce jour, la scission du Front de Gauche est un fait. Mais il s’agit avant tout d’une division à son sommet. Les militants et la masse des sympathisants qui ont fait les grandes heures du Front de Gauche n’ont pas disparu. Ils subissent cette division. Ils aspirent à l’unité de la « gauche radicale » et redoutent une dispersion de ses forces en 2017. Beaucoup de militants ne sont pas convaincus – et pour cause ! – par les arguments que les dirigeants du PCF avancent pour justifier cette division, c’est-à-dire pour faire porter le chapeau au voisin.

Certes, Mélenchon et la direction du Parti de Gauche ont leur part de responsabilité dans la crise du Front de Gauche (alliances avec les Verts, etc.) Mais en fin de compte, qui appelle aujourd’hui à se lancer dans le bourbier des primaires ? La direction du PCF. Mélenchon ne pourrait maintenir « l’unité » du Front de Gauche qu’en s’y jetant lui-même. Doit-il le faire, au nom de « l’unité » ? Non : il a cent fois raison de s’y refuser. Voilà le fait central de la situation du Front de Gauche, aujourd’hui. Les militants communistes ont tout intérêt à prendre la mesure de cette situation et à en tirer les bonnes conclusions, en commençant par exiger que le parti renonce aux primaires. Une fois sorti de cette impasse, le PCF pourrait ouvrir une discussion sérieuse avec Mélenchon et ses camarades sur la question du programme et de la stratégie pour 2017.

On me répondra que je veux diviser le PCF. Mais le PCF est déjà divisé. Il y a une lutte fractionnelle dans l’appareil – et, surtout, une fracture entre la base et le sommet. L’unité dans le cadre d’une mauvaise orientation est une mauvaise unité. A terme, c’est l’avenir du PCF qui est en jeu. Au-delà de la question des primaires, l’orientation politique générale de la direction du PCF le mène droit dans le mur. La mobilisation actuelle de la jeunesse est le signe sûr que de grands événements se préparent, en France. Si le PCF ne change pas de cap, il peut passer à côté de ces grands événements – et sombrer dans l’oubli. Le développement de la lutte des classes peut faire grandir le PCF; mais elle peut aussi le marginaliser, quand bien même il aurait près d’un siècle d’existence.

De son côté, Mélenchon va s’efforcer de construire un nouveau mouvement autour de sa candidature. Son succès – ou non – dépendra de différents facteurs, dont Mélenchon lui-même n’est pas le moins important. Il nous a habitués au meilleur comme au pire ; or le pire peut parfois gâcher le meilleur. En dépit de ses talents et de la radicalité dont il est capable, sa ligne politique offre un tableau contradictoire, où des idées très progressistes cohabitent avec des idées réactionnaires (2). C’est un fait reconnu par de nombreux militants qui le soutiennent – et c’est un sérieux danger pour sa campagne. La nécessité d’un contrôle démocratique de celle-ci n’en est que plus indispensable, en particulier sur la question du programme.

La présidentielle de 2017 va susciter énormément d’intérêt dans la population. Et comme je viens de l’expliquer, une candidature d’opposition de gauche au PS aurait beaucoup de potentiel, à condition d’être suffisamment offensive et radicale. Des dizaines de milliers de militants du Front de Gauche sont prêts à se jeter dans la bataille

Je suis donc partie prenante de la candidature de Jean-Luc Mélenchon, mais surtout de la stratégie et du programme que Mélenchon devra défendre pour en finir avec l’austérité, le chômage, la misère et tous les fléaux engendrés par le capitalisme.

PRENEZ LE POUVOIR

1) Inutile de s’arrêter sur l’hypothèse d’une candidature de Pierre Laurent : elle suscite très peu d’enthousiasme dans les rangs du PCF, comme d’ailleurs chez le premier concerné.

2) Voir par exemple : Sur la géopolitique de Jean-Luc Mélenchon. Et aussi :L’impasse du « souverainisme de gauche »

Partager cet article

Repost 0