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LOI TRAVAIL : Les leçons de 2010

Il faut tirer les leçons des grandes luttes de ces vingt dernières années, et notamment celle de l’automne 2010 contre la casse des retraites. A elles seules, de grandes journées d’action – comme celle du 31 mars – ne feront sans doute pas reculer le gouvernement. Sa grande hantise, ce qui le forcerait à reculer, c’est le développement d’un mouvement de grève reconductible embrassant un nombre croissant de secteurs économiques. A l’automne 2010, différentes catégories de salariés avaient engagé un mouvement de grève reconductible : cheminots, travailleurs des raffineries, éboueurs et transporteurs routiers, entre autres. Mais les dirigeants syndicaux ne faisaient rien pour soutenir et développer ce mouvement ; ils se contentaient d’organiser des « journées d’action » à intervalle régulier, qui, fatalement, ont fini par moins mobiliser. Isolés, les travailleurs en grève reconductible ont alors cessé leur mouvement. Le gouvernement a tenu bon, malgré plus de 3 millions de personnes dans les rues les 12, 16 et 19 octobre. Il nous faut tirer les leçons de cette défaite, car le gouvernement actuel n’est pas moins déterminé à faire passer sa réforme scélérate que ne l’était le gouvernement Fillon en 2010.

Au lendemain du 31 mars et du 9 avril, on ne peu se contenter d’appeler à une nouvelles journées d’action le 28 avril. Et si les dirigeants syndicaux ne mettent pas la grève reconductible à l’ordre du jour, les bases syndicales doivent en prendre l’initiative. Elles peuvent s’appuyer sur l’expérience de l’automne 2010, qui avait vu l’émergence de nombreuses Assemblées Générales interprofessionnelles et l’embryon d’une coordination nationale de ces AG. Cette organisation démocratique de la lutte de 2010 pourrait être réactivée et développée.

Passer à l’offensive

Même s’il n’en est qu’à ses débuts, le mouvement actuel frappe par sa maturité politique, son haut niveau de conscience. La nécessité d’unir les jeunes et les travailleurs a été immédiatement acquise. Alors que la direction de la CGT n’appelait pas clairement à participer à la manifestation du 17 mars, beaucoup de travailleurs et militants CGT (entre autres) s’y sont ralliés. La nécessité d’une convergence des luttes des salariés est, elle aussi, largement comprise. La dynamique unitaire est, d’emblée, à des niveaux supérieurs à 2006 et 2010. En 2006, le mouvement syndical avait mis plus de temps à rallier la mobilisation des jeunes. En 2010, la mobilisation des étudiants et lycéens était assez limitée, très loin de 2006. Aujourd’hui, le mouvement s’engage sur une dynamique qui semble réunir le meilleur de 2006 et de 2010.

Ce n’est pas étonnant. Depuis 2010, la crise du capitalisme et la politique d’austérité du gouvernement « socialiste » ont préparé les conditions d’une explosion de la lutte des classes. Il ne manquait plus à celle-ci qu’une occasion, un détonateur. Or la loi Travail est une attaque majeure, à bien des égards plus violente que le CPE. Même la droite, au pouvoir entre 2002 et 2012, n’avait pas osé engager pareille offensive. Si elle n’est pas bloquée, elle aura de très graves répercussions sur les salaires et les conditions de travail de millions de personnes.

En même temps – et c’est un autre fait marquant du mouvement –, beaucoup de jeunes et de travailleurs comprennent que la loi Travail n’est qu’une offensive parmi d’autres à venir, car la crise du capitalisme pousse la classe dirigeante à détruire systématiquement toutes les conquêtes sociales du passé. Les capitalistes veulent nous ramener au XIXe siècle. Lorsqu’on discute avec les jeunes, sur les manifestations, ils en viennent souvent à l’idée qu’un système capable de proposer une loi pareille doit être remis en cause dans son ensemble. Et c’est, au fond, contre ce système qu’ils se soulèvent. Ils ont raison. Il faut envoyer la loi Travail dans la poubelle de l’histoire, mais il faut aussi passer à l’offensive – et remettre à l’ordre du jour la lutte contre le capitalisme lui-même, contre la domination de l’économie par une poignée de milliardaires.

Jeunes et travailleurs, unis contre la loi Travail !
Halte à la répression policière ! Levée de l’état d’urgence !
Préparer un mouvement de grève reconductible !
Lutter contre le capitalisme et toutes ses contre-réformes !

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