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Aujourd’hui pourquoi s’engager ? Une sociologie du syndicalisme

Le nouveau livre de Julian Mischi, Le bourg et l’atelier (Editions Agone), propose une « sociologie du combat syndical ». Après avoir scruté l’évolution du PCF, le sociologue, spécialiste des classes populaires, s’est penché cette fois sur l’engagement à la CGT. Il revient ici sur les enjeux de son ouvrage qui décrit un monde cheminot combatif malgré la force de logiques anti-syndicales.

Pourrais-tu revenir sur l’enquête à l’origine de cet ouvrage ?

Il s’agit d’un travail de terrain réalisé durant cinq années au sein d’un bourg de 3000 habitants situé dans une zone rurale du Centre-Est de la France. Comme beaucoup de petites villes des campagnes, cette localité est très ouvrière et je me suis surtout intéressé aux salariés d’un atelier de maintenance de la SNCF. Contrairement à d’autres secteurs industriels, les cheminots de cette région ont maintenu des réseaux associatifs et syndicaux, qui constituent des contre-pouvoirs ouvriers face aux élites locales et aux nouveaux managers de la SNCF. Le syndicat CGT est alors majoritaire dans l’établissement qui compte 260 salariés. J’ai suivi le quotidien des militants, à la fois des jeunes qui entrent au syndicat et des « anciens » qui cumulent des responsabilités et deviennent permanents. J’ai assisté aux réunions syndicales et réalisé de nombreux entretiens avec les cheminots, y compris des cadres de l’atelier. Les militants du syndicat sont engagés à gauche et investis dans la vie locale. Un tel angle d’approche permet d’aller au-delà des regards misérabilistes qui dépeignent les ouvriers des zones rurales comme des individus repliés sur eux-mêmes et forcément électeurs du Front National.

A cet égard, il faut savoir que les syndicalistes cheminots appartiennent aux fractions hautes des classes populaires : membres d’une entreprise nationale de service public, ils bénéficient d’une continuité dans leur emploi et d’une stabilité professionnelle au contraire d’autres figures populaires locales plus fragiles (métallos, salariés des abattoirs, ouvriers du bois) notamment des femmes (aides à précaires, employées des grandes surfaces, etc.). Mais les travailleurs de l’atelier SNCF ne sont pas coupés des fractions plus fragiles des classes populaires. Leurs conjointes tout comme leurs enfants connaissent souvent des difficultés d’accès à un emploi stable et beaucoup de cheminots sont passés par d’autres entreprises où ils ont connu des statuts précaires et des conditions de travail éprouvantes. Dans « le privé », ils n’ont en général pas rencontré de syndicats mais leur expérience du travail subalterne a progressivement nourri un sentiment d’injustice sociale et de défiance à l’égard de l’autorité patronale, qui peut trouver un débouché syndical lorsqu’ils entrent à la SNCF, là où il existe encore des syndicats. C’est lorsque les cheminots connaissent une certaine stabilité au sein de la SNCF que la question de l’adhésion à un syndicat peut réellement se poser.

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