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Des syndicats inutiles pour mobiliser les salariés ?

Les entreprises sont-elles devenues des déserts syndicaux et les syndicalistes ne sont-ils plus capables de mobiliser les salariés ? La mise en avant récurrente du faible taux de syndicalisation en France – 8% de salariés syndiqués dont 5% dans le privé – semble accréditer ce type de constat. Pour autant, les salariés ignorent-ils totalement les organisations syndicales ?


Peu probable car 55% d’entre eux travaillent dans une entreprise où se trouve un délégué syndical (44% dans les entreprises privées) et pour 40% le syndicat est directement présent sur leur lieu de travail (chiffres 2005)[1]. Si la faible syndicalisation a à voir avec la difficulté réelle rencontrée par les syndicats français pour faire la démonstration de leur utilité aux salariés, elle renvoie également à d’autres causes : la faible protection des salariés syndiqués, le fait que les victoires syndicales ne soient pas réservées aux seuls syndiqués, contrairement à d’autres pays, ou encore la quasi inexistence de services rendus aux adhérents. Dans les pays scandinaves par exemples, les syndicats facilitent l’accès de leurs membres à l’assurance chômage et leur délivrent tout un ensemble de bien matériels (assurance, comptes bancaires, voyages…) à des tarifs préférentiels. Le syndicalisme français, lui, repose d’abord sur une logique d’engagement militant.


La faiblesse de la présence militante des syndicats dans les entreprises constitue évidemment un frein objectif à la capacité des syndicats à déclencher des luttes plus fréquentes et de plus grande ampleur. Mais les empêche-t-elle pour autant de jouer un rôle moteur dans l’émergence des conflits sociaux et des grèves ? On lit souvent en effet, dans la presse ou dans les études des clubs RH, que les entreprises font face à une conflictualité rampante que les syndicats peinent à transformer en action collective. Trop englués dans des tâches de négociation et de représentation, trop déconnectés des salariés, les militants syndicaux ne seraient plus en mesure de relayer les aspirations des salariés. De ce fait, les conflits sociaux résulteraient désormais le plus souvent de mouvements spontanés de salariés, initiés en dehors des cadres syndicaux. Qu’en est-il à partir des données dont nous disposons ?


Pas de syndicats, pas de conflits collectifs


L’intensité des conflits du travail, et notamment des grèves, est très différente selon les secteurs d’activité. Si les médias, mais aussi les militants, ont beaucoup valorisé les grèves qui ont éclaté dans les commerces ou dans les services, force est de constater que les conflits y restent en retrait par rapport à d’autres secteurs traditionnels de l’action syndicale, en premier lieu l’industrie. Ainsi, l’industrie reste le secteur le plus conflictuel avec 39% des établissements de plus 20 salariés et plus concernés en 2011, contre 31% dans les services et 23% dans le commerce (voir épisode 5).



9 avril 201, grève nationale des salariés des magasins Carrefour pour des augmentations de salaires. Ici à Saint-Denis les salariés tiennent un piquet devant l’entrée du magasin.
Ces différences sectorielles tiennent, en grande partie, à deux grands facteurs structurels. D’une part à la taille relativement plus importante des établissements industriels, la fréquence des conflits collectifs allant de pair avec la taille des établissements (épisode 1). D’autre part à une meilleure implantation syndicale dans l’industrie. La présence syndicale constitue en effet toujours un déterminant très puissant dans l’existence et la forme prise par les conflits du travail[2]. Rares dans les établissements où n’existent pas de représentants du personnel comme dans les établissements où les représentants élus sont seuls, les grèves sont en revanche beaucoup plus fréquentes lorsque l’entreprise, et plus encore lorsque l’établissement est doté de délégués syndicaux en plus de représentants du personnel élus. Autrement dit, le savoir-faire militant et organisationnel des syndicats demeure une variable clé dans le passage à l’action collective des salariés.

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