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Et si vous arrêtiez de déconner ?

Lettre ouverte à Rousseau et Roussel, qui se chamaillent pour les têtes de liste dans la région Nord. Dans cette guéguerre d’ego, ils se plantent : celui qui gagne, c’est celui qui cède.

À Sandrine et Fabien,
À leurs camarades et soutiens,

Si vous arrêtiez de déconner ?

Que je vous présente mes papiers, d’abord, mon certificat de norditude : je suis né à Calais, j’habite depuis presque toujours à Amiens, je viens de terminer un film dans l’Avesnois, et depuis quinze ans je fais le journal Fakir dans la Somme, ça m’a amené, d’Abbeville à Péronne, de Valenciennes à Creil, à rencontrer les Biderman, les Abelia, les Flodor, les Magnetti, les Goodyear, bref, à sonder les âmes en peine dans notre région.

C’est pas la joie.
Inutile de vous faire un dessin, vous voyez le décor : le séisme industriel et le marasme social. Avec les séquelles politiques, maintenant, le néant socialiste et le boulevard ouvert au Front national, arrivé en tête dans nos cinq départements, le Nord, le Pas-de-Calais, l’Aisne, l’Oise et la Somme, aux dernières cantonales.

Au milieu de ce naufrage : vous.
Le paquebot coule, Marine Le Pen s’en veut la capitaine, et sur le pont, vous vous chamaillez pour la tête de liste !
Vous refusez de vous rassembler, mais pourquoi ? Pour des raisons de fond ? Parce que vous divergez sur l’avenir de la planète et du prolétariat ? Non, parce que vous voulez avoir la plus grosse photo sur les affiches !
Sans doute êtes-vous sincèrement attachés à la justice sociale et à l’écologie, et vous y consacrez vos journées, vos soirées, vos week-ends. Cet engagement se respecte. Mais là : est-ce que vous mesurez à quel point vous êtes ridicules ?

Vous prétendez incarner « une alternative », « un renouveau », « une nouvelle façon de faire de la politique », mais en l’occurrence, aujourd’hui, vous êtes les plus banals des politiciens, des lilliputiens de la chose publique.
Vous donnez raison, et pleinement, à ceux qui pensent, et qui disent : « Les partis, c’est nul, ils sont enfermés dans leur petit monde » (j’ai encore entendu ce refrain hier, à une fête à Boulogne-sur-Helpe). Vos guéguerres démotivent les gens de gauche, et en particulier les jeunes de gauche. Vous participez, pas tout seuls certes, mais vous y participez, à la grande fabrique de la résignation.

J’en ai discuté, ça m’arrive, avec vos proches, vos soutiens. On me rétorque quoi, penaud, dans les deux camps ? « C’est pas moi c’est l’autre… » On se croirait dans une cour de récré : « C’est lui qui a commencé… »
Je vous ai envoyé, à tous les deux, un message électronique, presque le même, en vous écrivant : « Tirez la au sort, la tête de liste ! A la courte paille ! Ou aux dés ! Faites ça devant des caméras, ça aura de l’allure. Je veux bien servir d’huissier. » Je n’ai pas obtenu de réponse, ni de l’un ni de l’autre (c’est pas très poli).
Alors, aujourd’hui, puisqu’on me dit qu’il reste une chance, je vais aller plus loin, plus loin que le tirage au sort :

Celui qui gagne, c’est celui qui cède.
De qui l’histoire, ou au moins la mémoire locale, celle des militants, retiendra-t-elle le nom ? Du candidat qui aura bataillé jusqu’au bout, en vulgaire boutiquier, arrachant le bout de gras, pour que son patronyme figure en haut des tracts ? Ou de cet homme, cette femme, qui se sera hissé à la hauteur d’une situation historique, et qui aura aperçu l’intérêt général, l’intérêt de son peuple ?
C’est lui, c’est elle, à coup sûr, qui en sortira grandi.
Et pas seulement lui, mais avec elle, toute sa formation, qui en ce moment aura fait preuve d’intelligence et de panache.
Ça, je ne l’oublierai pas. Et bien d’autres avec moi.

On ne va pas se la raconter, pour autant : même unis, il n’y aura pas d’élan.
Ça arrivera trop tard, sur le fil.
Ça manquera de générosité, trop marqué par les calculs.
Ça restera illisible nationalement.
Mais au moins, vous sauverez l’honneur.
Nous sauverons l’honneur.
Car pour l’instant, j’ai honte. Honte d’appartenir à cette « gauche de gauche » aux sempiternelles divisions, aux querelles de chapelle, hermétiques pour les citoyens, sans intérêt, juste décourageantes. Et ça me décourage moi-même, de critiquer le Front national (parce que c’est pas bien), le Parti socialiste (parce qu’ils ont trahi), la droite (parce qu’elle est de droite), mais de n’avoir rien de sérieux, rien d’un peu rassembleur à opposer.

Bon, je vais vous dire ce que je vais faire, à titre très personnel : si vous demeurez divisés, je vais rejoindre le parti majoritaire, je n’irai pas voter. Si vous scellez un accord, je suis prêt à me bouger un peu la couenne à vos côtés.
Et je parie que je ne suis pas le seul à raisonner comme ça.

Allez, Sandrine et Fabien, Rousseau et Roussel : vous avez envie, vraiment, d’être les responsables, ou plutôt les irresponsables qui, dans notre région, allez conduire les forces de progrès à ce point de dérisoire pathétique ?
J’espère encore.

Mes salutations picardo-fakiriennes,
François Ruffin.

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