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Grèce: après l'attente et l'espoir, l'action !

Athènes est une ville aux multiples facettes. La ville porte en elle aussi bien les séquelles de la sévère politique d’austérité de l'Union européenne que les germes de la résistance. Maintenant que la fin des négociations entre la Grèce et l'Union européenne est en vue, le parti gouvernemental Syriza appelle également à la mobilisation, tant en Grèce qu’en Europe.

Les cicatrices de la politique de l'UE

La sévère politique d’austérité imposée à la Grèce par les institutions européennes et le Fonds monétaire international (FMI) a coûté au pays un quart de son produit intérieur brut. Et cela se voit dans les rues. Dans certains centres commerciaux, il n'y a plus qu'un seul magasin ouvert. À chaque coin de rue ou presque, on rencontre des sans-abris. Des pauvres fouillent les ordures ménagères dans l'espoir de trouver quelque chose à se mettre sous la dent. Cela vous prend à la gorge, de voir ça. Ce matin, dans l'entrée de la station de métro Omonia, je trébuche presque sur le corps recroquevillé d'un homme qui semble mort. Le tenancier d'un kiosque à journaux, tout près, essaie de me rassurer : « C'est tout simplement un drogué. » « Tout simplement », ben oui, da.

L'héritage des programmes d’austérité imposés par l'Union européenne est lourd.

Le journaliste belge Bruno Tersago, qui réside en Grèce depuis 2000, me raconte que beaucoup de pauvreté demeure cachée. L'héritage des programmes d’austérité imposés par l'Union européenne et les précédents gouvernements grecs est lourd. Le quart de la population qui est sans travail n'a droit qu’à 12 mois d’une allocation allant de 360 à 450 euros au maximum. Ensuite, on a encore droit pendant 12 mois à une assurance maladie. Au bout de ces 24 mois, on peut littéralement tomber mort. Mais imaginez que vous surviviez encore avec zéro euro, vous devez quand même encore payer des impôts. En effet, selon la loi, le fait que vous survivez est tout bonnement la preuve que vous avez gagné au moins 5 000 euros cette année... « Tekmirio », tel est le nom de ce système.

Athènes vit...

Bien que la situation sociale soit dramatique, Athènes déborde de vitalité. Le lundi 11 mai, des militants syndicaux et d'anciens travailleurs de la chaîne publique ERT manifestaient devant les grilles de leur ancien employeur. Le gouvernement de gauche qui a été élu le 25 janvier venait de faire passer une loi qui devait rouvrir l'ERT. Et c'est effectivement ce qui s'est produit. Bien qu'il reste encore pas mal d'imprécision sur le statut des travailleurs, ils ont pu de nouveau entrer dans les bâtiments pour la première fois depuis 23 mois.

Les « proto-écoles », jusqu'à présent réservées à l'élite nantie, doivent désormais être accessibles à tous.

Tandis que devant les bâtiments l'ERT, je discute avec des gens qui espèrent récupérer leur boulot, des acclamations éclatent devant le ministère des Finances : elles émanent de quelques centaines de femmes de ménage qui ont effectivement retrouvé leur emploi. L'un des ministres responsables en a lui-même les larmes aux yeux.

Le lendemain, à l'Université d'Athènes, je tombe sur une manifestation initiée par un appel, entre autres, de la confédération syndicale du secteur public. Le but est de prendre position contre la dette publique qui a été utilisée par l'establishment européen pour faire chanter la Grèce. Même le FMI admet que cette dette est intenable et qu'elle doit être rééchelonnée. Le soir même, le Parlement grec approuve une loi en faveur de la réforme de l'enseignement. Les « proto-écoles », des écoles moyennes jusqu'à présent réservées à l'élite nantie, doivent désormais être accessibles à tous. Dans les universités, les étudiants et les travailleurs sont à nouveau admis dans les conseils d'administration. Le précédent gouvernement avait réservé ces organes de gestion aux universitaires, à l’Église et au monde des affaires. Entre-temps, je me laisse guider dans le centre communautaire de soins de santé Kifa, juste derrière l'Hôtel de Ville. Quatre-vingts médecins, dentistes, infirmier(e)s et autres thérapeutes – tous bénévoles – y soignent les gens qui, en raison des restrictions budgétaires, n'ont même plus accès aux soins de santé les plus élémentaires. Le 14 mai, je tombe sur une manifestation du front militant syndical PAME, qui mobilise pour des soins de santé gratuits et publics.

Faire plier la Grèce, briser la résistance

Ils sont nombreux ici à attendre le résultat des négociations entre le gouvernement grec et les institutions européennes. Le gouvernement avait promis d'en finir avec la politique d’austérité mais, depuis qu'il est au pouvoir, l'Union européenne met tout en œuvre pour lui rendre la vie impossible.

L'Union européenne veut également éviter que d'autres gouvernements s'inspirent de l'exemple grec.

La Banque centrale européenne (BCE) a coupé l'accès de l'économie grecque aux flux financiers normaux et a interdit l'émission de nouvelles obligations afin d'obtenir de l'argent. Les institutions européennes refusent carrément d'accorder à la Grèce la dernière tranche de 7,2 milliards d'euros à laquelle elle a pourtant droit en vertu de l'accord du 20 février dernier. La BCE ne lui restitue même pas le 1,9 milliard d'euros de bénéfice qu'elle a réalisé sur la dette grecque. Officiellement, on prétend que le gouvernement grec ne propose pas de « réformes ». Dans la pratique, il s'agit en fait de sanctionner le gouvernement d'Athènes parce qu'il n'est pas disposé à suivre la logique fondamentaliste du marché de l'Union européenne. Cette dernière veut également éviter que d'autres gouvernements et mouvements s'inspirent de l'exemple grec. Comme me le dit un collaborateur du gouvernement : « En fait, c'est un paradoxe : un gouvernement pro-européen avec des propositions relativement modérées est à peu près forcé de s’opposer frontalement à l'Union européenne. » Bien des Grecs sont d'ailleurs condescendants à propos de l'expression « partenaires européens ». Quand un partenaire essaie de vous étrangler, c'est qu'il y a effectivement quelque chose qui cloche, dans le mariage.

Quel genre d'accord est possible ?

Vu l'attitude autoritaire de l'Union européenne, une rupture entre Athènes et Bruxelles n'est pas exclue. Pourtant, la plupart des Grecs semblent penser qu'un accord sera toutefois dégagé d'ici peu entre les institutions européennes et le gouvernement grec. Dans une dizaine de jours, la Grèce se retrouverait d'ailleurs sans argent. S'il n'y a pas d'accord, le pays risque tout simplement de faire faillite, et c'est une chose à laquelle personne ici n'est préparé.

Des actions, si l'accord final ne respecte pas les préoccupations des travailleurs.

Quant au contenu d'un accord éventuel, c'est la plus grande incertitude qui règne. Panos, membre du parti au pouvoir Syriza, a confiance en ses camarades assis à la table des négociations. Il croit dur comme fer qu'ils vont sauver du feu le meilleur accord possible. Loudovikos est plus sceptique et croit que, sur bien des plans, dont la réforme des pensions, le gouvernement sera quand même tenu de faire des concessions, puisqu'il a le couteau sous la gorge. Stathis Trachanatzis, secrétaire général du Centre des syndicats athéniens (EKA), a bon espoir. Selon lui, le gouvernement a mis jusqu'à présent les propositions des syndicats sur la table des négociations. Mais il n'exclut pas qu'il y ait encore d'autres actions, si l'accord final ne respecte pas les préoccupations des travailleurs.

Du côté du front syndical de gauche, le PAME, on prépare déjà activement cette mobilisation. Le PAME considère l'attitude attentiste de beaucoup comme un énorme risque. Seule la pression d'en bas peut forcer un véritable changement pour le PAME. Ainsi, la mobilisation syndicale a pu empêcher des centaines de licenciements chez Nestlé. C'est pourquoi, d'ici peu, il y aura d'autres actions encore, entre autres, dans le secteur de la santé, tant au niveau régional que national. A l'approche de juin, quand un nouvel accord à long terme devrait enfin être conclu entre l'UE et la Grèce, une mobilisation nationale est prévue.

L'appel à la mobilisation

Maintenant que la ligne d'arrivée est en vue, le secrétariat du parti au pouvoir Syriza publie également un retentissant appel à la mobilisation populaire.

Il est temps de mobiliser, non seulement en Grèce, mais également en Europe

Dans une déclaration du 14 mai, il s'en prend de front aux créanciers européens. Leur tentative d'étranglement économique et d'isolement politique de la Grèce prouve de leur part « un attachement obsessionnel à l’austérité qui déstructure l’État social, à une direction oligarchique des affaires européennes en vase clos hors influence de la volonté sociale. Ces exigences sont inacceptables. Elles sont inacceptables pour le peuple grec, qui a lutté toutes ces années pour mettre fin aux politiques criminelles des mémorandums. Elles sont inacceptables pour les peuples d’Europe et les forces progressistes sociales et politiques qui se battent pour une Europe de la solidarité et de la démocratie. »

C'est pourquoi il est temps désormais de mobiliser, non seulement en Grèce, mais également en Europe. Seule la résistance sociale peut mettre cette. Union européenne de l'austérité sous pression et la faire plier. De Bruxelles à Athènes.

http://solidaire.org/articles/grece-apres-l-attente-et-l-espoir-l-action

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